
Qui n'a jamais connu la souffrance ne peut apprécier la douceur des plaisirs.
Qui n'a jamais eu froid n'a jamais joui de la chaleur du feu qui crépite,
C'est du tréfonds du Goulag Glacial de la forêt noire que le Narco Unit a puisé le récit quelque peu exagéré de nos exploits.
La boue, le vent, la crasse, le froid nous ont rendu cette année plus pitoyables que jamais. Je sais à présent pourquoi, dans de telles conditions de pouasse, sous un cuissard nul slip ne prévaut.
Veille de course:
Après un début de saison difficile ce sont avant tout les blessures ont eues raison des plus valeureux:
Christophe ( société Sungau Electricité)=> Triple fracture de la clavicule
Lionel => Fracture de la mâchoire
Claude Berge => Hernie discale
Laurent => Quintuple pontage motivarien
Frank Buerger (société Burger Carrelages et arrières petits fils)=> Triple bourrelets
Claude Gasgall (société Gasgall Granit et ancêtres)=> Fêlure de l'ongle de l'auriculaire main gauche (paraît que ça fait tellement mal qu'on peut plus tenir un guidon)
Grand bien en prirent aux absents... Car la session 2011 nous a gratifiée de toutes les horreurs que le forêt noire puisse donner. Le froid, la pluie et le vent ont semé le souffle de l'Apocaslip. Pas un cuissard -que dis-je pas un Slip- n'a survécu à la boue qui, kilomètre après kilomètre, a maculée de ses immondices nos maillots pourtant si saillants.
KM 1: «Le Chant du départ », Température 8°, vent faible, nuages légers
Nous entamons gentiment les 25 KM de montée dans l'allégresse qui caractérise les débuts de course. Mon vélo full carbone ne laisse pas mes confrères allemands indifférents:
-« Zouzavez un choli pike fou.-Oui merci ça va bien »
Incroyable! personne ne me double et je ne fais que rattraper les blocs précédents. Aucune fatigue, aucune douleur, aucune gène ne vient altérer une progression qui se veut des plus rassurante. Finalement j'ai peut-être plus gagné à me préserver qu'à me sur-entraîner cette année... KM 35: « Toute bonne chose a une fin ». Température 3°, vent soutenu, pluie
Bon il va falloir faire avec les éléments. La nature nous gratifie d'un petit bonus souffrance qu'on ne rechigne pas à apprécier quand on est un vrai VTTiste. Je continue à distiller calmement une puissance maîtrisée. Jeff avouera plus tard avoir testé dans ma gourdasse le nouveau mélange LPI (Low Power Ignition). Cette mixture à base de Blufanate de tristeflon est habituellement utilisée par les agriculteurs pour augmenter la cadence de traite des veaux. Je confirme que sur le sujet humain le mélange repousse les limites de la fatigue. Je pousse, je pousse et la fringale ne s'annonce toujours pas... Pas très malin je continue donc de pousser...
KM 45: "Dans la boue personne ne t'entend houspiller". Température 1°, vent fort, pluie battante
ça commence à sentir le Sapin! On est trempés, le vent de face grignote la puissance et le froid entame les motivations. Alois et Jeff se tirent une bourre d'enfer à qui fera la plus belle grimace (voir Photo, Alois c'est le faciès le plus ingrat des deux). Il a installé sur son bike le RTC (Raptor Traction Control); technologie expérimentale qui donne au pédalier un sursaut d'énergie tous les trois tours de pédale. Il semble en avoir grand besoin pour suivre la cadence sur-humaine de Jeff. Ce dernier, chargé au Manglanate de Potassium, attend en embuscade les effets décisifs de cette drogue pourtant interdite sur les soldats par la convention de Genêve. Mais bon elle commence à dater cette convention...
KM 50: "Goulag glacé de l'enfer". Température -1°, vent glacial, Pluie Battante
Au ravitaillement pas un quadriceps qui ne grelotte. Tous les gars couverts de boue et d'immondices tremblent comme des gonzesses (et moi le premier). La boue défigure les visages tordus de douleur et on ne distingue plus très bien le sexe des coureurs. Quelques intrépides VTTeuses forcent l'admiration... Un Allemand me lâche: « Zé ententudire que les femmes zon une reziztenz plus forte quelé zhommes à la zouvrance. Zé à cauze dé Bébé za z'est pas zuzte!». Voyant sa tronche je ne doute pas de la véracité de ses propos. Le brave bougre ne me lâchera plus avant la fin de la course. En tout cas respect plus les dames qui font la course jusqu'au bout.
KM 55: "Yeti!" Température -2°, vent à arracher la queue d'un âne, Pluie tonitruante
Pas un seul millimètre ni de nos bike ni de nos fringues n'est propre. Le deuxième ravitaillement nous a transit...la descente qui s'ensuit « à froid » est inhumaine: On dévale à toutes blingues au milieu des claquements de dents. Je me crispe sur le guidon, attendant lâchement le fin ce cette interminable douleur.
KM 60:"Expédition Antartica": -4°, vent polaire, il pleut des hallebardes!
C'est pourtant pas dur!!! On en a fait des plus longues mais celle-là elle n'en finie pas de broyer en mélasse mollets et cuissots. Les conditions climatiques se déchainent sur les organismes stupides payant finalement fort cher pour un lot de souffrance à partager. Seul Jeff semble dans son élément; protégé par une injection à l'issue de son plein gré de SVK (Super Velocity Katapultor): Le code génétique du sujet est modifié pour encaisser coups et blessures sur les champs de bataille en Afganistan. Pour l'instant seuls les commandos américains l'utilisent mais on en trouve assez facilement sur internet (www.stupidrace.com)
KM 70: "Le retour au bercail": 8°, vent nul, beau temps
Les derniers Kilomètres de course furent un vrai plaisir. Le vent siffle dans les oreilles le souffle de la descente vers les bravos. Le foule nous attend pour la grande communion du pédalier autour d'une barquette de fritte et d'une saucisse. Cette seule pensée incite à lâcher les freins, se débarrasser des Kilos de boue collante et des stalactites qui témoignent sous mon cadre de notre traversée de l'enfer glacé. A toutes berzingues nous fendons l'air de nos brises glaces de Carbone et d'Acier, laissant sur place gamelles et blessures lors d'une descente épique.
A l'arrivée, notre état de crasse n'a rien à envier à un hérisson qui se serait roulé dans une bouze!
Encore une belle partie de plaisir construite dans la douleur vous me direz. Mais c'est aussi pour cela qu'on l'aime.
Nico, Narco Esquimau















