dimanche 26 juillet 2009

Crystalp Grand Raid 2009


150 KM sur deux jours, 5000M de dénivelé et des cols qui n'en finissent pas de casser des organismes poussés à bout...

La douleur a parfois des relents de plaisirs sur le parcours VTT le plus dur d'Europe: le “Crystalp Grand Raid”.

Jour J-1

Revue de paquetage menée par Jeff: “Prends rien de superflus; après deux jours t'auras qu'une envie c'est de larguer ton matos!”

Jeff se charge effectivement du minimum vital: cadre Carbone, teeshirt, chaussettes et pompes de vélo. Un cuissard n'aurait pas été du luxe... Heureusement j'avais prévu des transpirations extrêmes et un cuissard de rechange. Faudra pas venir renifler mes effluves à la fin du Jour2.

Exténués par 4 heures de bouchons nous rejoignons notre point de départ (Verbier-Suisse). En guise de bonne table et de chambre douillette, Alois nous a réservé un truc qui s'approche plus du vestiaires de salle de sport que d'un gîte... Le confort est spartiate; nous dormons par terre sans couvertures, frigorifiés avec les vélos dans la chambre. Les effluves d'huile et de Carbone masquent à peine les haleines bestiales du lendemain.

Jour1:Départ en groupe depuis Verbier:

-Alois: Organisateur de ce stage commando; Alois est dans la pure tradition Suisse: ultra organisé, super équipé, extrêmement préparé et en méga condition physique. Son VTT full Carbone est aussi cher que sa montre et vaut largement sa gentillesse. Un grand merci Alois pour la plus belle des sorties qu'il m'ait été donné de survivre!

-Philippe: N'attendant plus rien de la vie, Philippe est venu se faire du mal ici! Lui aussi roule en Carbone, espérant que le faible poids des composants adoucira son chemin de croix. Si la montagne ne l'a pas tué ce weekend, gageons qu'elle l'ait rendu plus fort. Philippe fut mon compagnon de souffrance; je ne me souviens pas lequel des deux a trainé l'autre...

-Markus: Du local pur et dur. Markus roule fort, méchant et violent. Markus ne ressemble décidément pas à grand chose avec son VTT tout acier à 17Kg. Élevé dans les rudes montagnes Valaisanes, son physique émacié écrase tout sur son passage.

-Jeff: Avec un VTT full Carbone flambant neuf, Jeff a cassé sa tirelire pour rouler fort et vite afin de rentrer le plus rapidement possible à la maison. Ses fesses portent encore les traces du rouleau à pâtisserie de sa femme l'attendant sur le perron...

-Nico: Les 14kg de mon bike ont laissé des escarres sur les cuisses mais aussi bien du plaisir. J'ai abordé cette rando fleur au fusil mais ai terminé survivant entre deux poses.

-Sarah et son fillancé: Des p'tits jeunes avec encore le lait sur les lèvres. Toujours souriante, Sarah nous a inspiré de la pitié dès le départ avec son VTT de supermarché. Soutenue par son petit copain, je soupçonne ce dernier d'avoir poussé sa dulcinée dans les moments les plus durs. Mais quand même; fallait le faire!

-Gérard: Tout sourire aussi; Gérard reste de bon poil quand le moral des autres a flanché depuis belles lurettes. Comme sa fille Sarah, Gérard roule sur un VTT dont la durée de vie sera celle ce cette escapade.

Le premier col depuis Verbier a dès le départ donné la hiérarchie. Markus a effacé les sourires dès le début et mis la barre très haut. Avec une réputation à soutenir, Jeff attaque d'entrée de jeu, refusant l'idée même qu'on puisse être en retard le lendemain:

-“Yo les gars! Va falloir accélérer la cadence parc'qu'ma femme m'attend demain pour 15:00!”

Le soleil perce à présent, apportant sa douce chaleur. Philippe est encore présentable à ce stade. Il se risque à une attaque dans la descente mettant les cadres Carbone à leur seuil critique de résistance. Au fil des heures les Jambes s'alourdissent, les mollets se figent, les visages se crispent et les fesses se durcissent.

Le Soleil brille et amène les peux fragiles à température de cuisson.

La journée se termine par une montée interminable. Nous sommes récompensés par le spectacle grandiose d'un paysage de carte postale.

Markus, à peine entamé par cette journée de souffrances, grogne un peu mais reste fair-play lorsque Sarah et sa bande débouchent tout sourire avec 2h30 des retard sur le groupe.

Le Soleil brille de mille feux; les cuisses d'Alois sont à présent saignantes. Du sommet il décrit d'un accent Suisse un lointain paysage lunaire (altitude 3000M):

-“De'Dieu, demain c'est lààààà haut qu'ooONNN'VAAaaa; ça va cÔÔÔter”.

-Jeff: “Yo, faudra partir tôt pour être sûr de rentrer pour 15:00...”

Ruisselant de sueur, les fesses dures et les cuisses aux bord des crampes, nous rejoignons le gîte d'un magnifique village de chalets. L'accueil est chaleureux et la bouffe super. Tout le monde se relate les moments de souffrance dans la bonne humeur.

Jour2: Récupération zéro

Jambes détruites et fesses en compotes, je mets bien 10 minutes à parvenir à m'asseoir sur la selle. La journée s'annonce plus courte mais bien plus dure. Avec 3000M de dénivelé, nous grimpons rageusement sans interruption pendant 4 heures abominables.

Philippe est à bout. Il m'avouera plus tard avoir par deux fois pensé à l'abandon. Nous montons une interminable col ponctué de quelques passages techniques histoire d'entamer un peu plus le moral. Le rythme est lent, les jambes lourdes, l'échine courbée et les gémissements couvrent à peine le crépitement des chairs rôties sous un soleil de plombs. Pitoyables de douleur; c'est avec l'espoir d'un bon déjeuner en resto d'altitude que nous atteignons les 2600M où toute végétation disparaît. Une plaque commémorative rappelle qu'un VTTiste y est mort d'une crise cardiaque (véridique).

La torture s'annonce plus dure encore alors qu'il nous faut porter durant 50 minutes les vélos sur une côte défoncée de rocailles. Sur 400M de dénivelé pour arriver à 3000M, la raréfaction de l'oxygène se fait sentir et chaque pas est un effort surhumain. Cerise sur le gâteau, Philippe a perdu les dernières seringues de “Brutal Testo mega boost survival”. Il va nous falloir grimper 100% naturel et sans ravitaillement génétique! Certains disent que c'est impossible...

Jeff, chargé à la Testo depuis trois mois, est déjà en haut et regarde sa montre avec effroi. Il hurle du haut de la crête:

“NICOOOOO! GROUILLES, FAUT QU'ON soit rentrés avant 15 heures!


J'apprécie l'encouragement. A bout de souffle, je regarde mes cuisses sanguinolentes que le soleil de l'enfer a complètement brûlé. Il me faut faire une pause tous les trois pas. Je souffre à présent d'hallucinations: il me semble apercevoir Michael Jackson me faisant signe du haut de la crête! Il disparaît rapidement dans un Moonwalk irréel. Je lève un regard vitreux, grimace un sourire et reprends l'effort. Le VTT pèse une tonne et entame les chairs croustillantes de mes deltoïdes fumant sous un soleil de chaudronnerie de l'enfer. C'est sûr; Elvis m'attends en haut et me demandera dans son habit de lumière si je souhaite rester dans le monde des vivants!


Alois m'avait menti!! Aucun resto d'altitude ne nous attends là haut. Aucune soupe réconfortante au coin du feu... rien que le spectacle magnifique de la haute montagne. Mais quelle scène inoubliable! Nous croisons un groupe de marcheurs. Lamentables, nous mandions quelque nourriture histoire de survivre aux 50 derniers mètres. Quelle chance! Chocolats, fruits secs, thé chaud, saucisson, rien ne manque à leur besace... c'est une rafle odieuse sur leurs dernières vivres dont Philippe ne me laisse que quelques pitoyables restes.

La descente qui s'en suit est mémorable. Nous filons pleins pots vers la vallée; laissant derrière nous les paysages magnifiques de notre parcours de souffrance. Un steak de cheval au gratin parachève ce weekend magique que nous nous promettons de reconduire l'année prochaine.

Si l'enfer du VTT existe, il me semble être passé tout près du Paradis...

Nico, survivant des Narcos

2 commentaires:

Unknown a dit…

Magnifique, Nico, je ne t'ai peut-être que laissé les miettes, mais je n'ai pas vu la couleur ni le goût du saucisson !

vivement l'année prochaine, je cacherais des seringues le long du parcours, si j'allais encore oublié mon ravitaillement à l'A Vieille ! (z'étaient où les tiennes !?)

Anonyme a dit…

Un weekend super sympa, avec des personnes qui le sont également. Despaysages qui donnent envie de côter de côter à n'en plus finir. Mais quand ca descend.... il faut un sacré bagage technique. J'en connais certains qui auraient du porter une couche dans ces moments là.... ca secoue, ca part dans tous les sens, ca va vite... et merde c'est hyper raide.

Jeff

L'an prochain on remet ca,... parole de Narco.