jeudi 24 juin 2010

Marathon Bike 2010. Black Forest Apocalypse Now





Jamais la Marathon bike ne nous aura gratifiés d’une telle météo.
Un froid à meuler du carbone, une pluie sournoise et sur les crêtes un vent à vous arracher le guidon. Voici, à grand renfort de mauvaise foi, ce que fut notre lot de souffrance…

-Jeff ; avec 3h50 sur le 77km, empoche le meilleur temps de toute sa carrière. Aucun effort ne semble faire flancher notre cobaye de laboratoire. Avec 30 milligrammes d’Endrotropine couplée au Glycarbonate de Nendrolone je crois qu’on a enfin trouvé un mélange stable. Grâce à sa performance le Narco Unit team espère enfin pouvoir attirer les l’attention des sponsors pharmaceutiques.
-Julien : Impressionnant ! Enorme ! Avec 4h50 il s’agit du meilleur temps qu’un Narco ait jamais réalisé lors d’une première participation. Là encore le mélange Testonandrolone/Analpharon préparé en atelier n’a rien à envier aux anabolisants industriels. Bravo Julien pour cette performance !
-Gérard : Gégé roule 100% nature et s’est fait plaisir sur le 44km. Avec 4h30 Gégé ne s’est pas fait bien mal mais c’est sûr il reviendra l’année prochaine ! Bravo Gérard pour ton enthousiasme malgré les conditions météo exécrables.
-Beat : Le Suisse Allemand du team a fini dans les vidanges des chronométreurs. Il termine le 77km à 15 min derrière Jeff. Déconfit, Beat renonce aux régimes à base de produits naturels et bascule définitivement dans la catégorie Narco « Genetically modified ».
-Nico : Je me suis senti bien seul sur le 116Km… Quelques explications s’imposent à la vue de mon temps apocalyptique (9 h20 !) :

Départ : Curieux ; le bloc est presque vide. Beaucoup semblent avoir renoncé. Avec ce froid de canard je ne comprendrai que plus tard ce qui a pu faire fuir les participants dotés d’un brin de raison.

KM30 : Premier ravitaillement. Le froid mordille mes jambes et me fait frissonner. Je me demande encore naïvement à quoi vont ressembler les prochains 90KM dans ces conditions crasseuses…

KM55 : Il pleut, j’ai froid, mes jambes sont lourdes et je grelotte comme le veau qui vient de naitre. Je me résous à sortir le coupe-vent que je n’utilise qu’en cas de guerre. Je pensais souffrir…mais pas si tôt !

KM65 : La pluie glacée fouette mon visage. Mes quadriceps sont tels des poulets fraîchement déplumés qu’on ébouillante pour arracher le reste de duvet. La montée vers le Feldberg vide mes réserves de puissance mais aujourd’hui je roule « 100% naturel ». Je jette donc discrètement la dose de Regenerator Overboost que Jeff avait glissé dans mon sac « à l’issue de mon plein gré ». J’arriverai au bout à coup de bananes s’il le faut !

KM 85 : Cinquième ravitaillement. C’est le bout du rouleau mais pas du tunnel. Les secours organisent des rapatriements pour les nombreux candidats à l’abandon. Je descends péniblement de mon bike. En appuis sur le cadre j’étire dans la souffrance mes lombaires en charpie. Un médecin du Staff se penche vers moi avec compassion :
« Vouzavez bezoin d’aide Meuzieu ? Zivouvoulez Kamionnette redezend vous dans vallée, on a encore plaze pour vouz ».
Mes pupilles se dilatent, mes doigts se crispent sur le cadre et un rictus balafre mon visage.
« Meuzieu ; vouzêt’zurquezava ? »
Je regarde quand même la camionnette dont les parois filtrent à peine les gémissements de douleur… NON ! L’abandon n’est pas envisageable ! Je cherche dans ce qui me reste de lucidité la violence d’une réaction…et je trouve : mi-temps France-Mexique…réaction d’Anelka envers Domenek…
Je relève brusquement la tête et hurle en pleine figure de ce brave toubib:
« VA TE FAIRE EN.ULER SALE F.LS DE P.TE !!!! »
Je lis la stupeur sur son visage. J’enfourche rageusement ma monture et démarre à toutes blingues avant que ce pauvre bougre ne comprenne. Il est clair que je vais devoir franchir les derniers 30KM aux limites de la raison.

KM100 : Au dernier ravitaillement c’est l’aube de l’apocalypse! Des corps allongés dans l’herbe glacée de la prairie d’où montent des râles de douleurs. Partout gisent des cuisses en décomposition. Les carcasses de ceux qui sont à bout se mêlent au carbone des vélos entassés à la va-vite dans des bennes à bestiaux. Une noria de camions assure le rapatriement vers l’arrivée. L’organisation de la course est débordée, les médecins épuisés. Je traverse ce goulag sans m’y attarder.
Au-delà de 100KM le cerveau passe le point de non retour : Celui qui fait passer de la souffrance vers l’illumination. C’est sûr ; Bouddha en lévitation a connu ça !

KM110 : C’est la descente endiablée vers l’arrivée. La rocaille rincée rend la fin de parcours fracassante. L’adrénaline prend le relais de l’acide lactique qui paralysait mes mollets. A 63KM/h je suis secoué comme un prunier trop mûr. Avec un rescapé on se tire la bourre : J’te fais l’intérieur, tu m’fais l’extérieur, je relance sur le plat… A toutes berzingues je l’aperçois du coin de l’œil ; toutes dents dehors, hagard, couvert de boue jusqu’au casque, lançant dans la bataille le peu de calories qu’il lui reste.

Transit mais debout je relie l’arrivée après avoir traversé l’enfer. Miss Forêt Noire avec sa cage thoracique généreuse ne m’attend pas pour le baiser du vainqueur.
Qu’importe puisque le plaisir d’aller au bout fut à la hauteur des souffrances endurées.

Il me semble que le Marathon Biking apporte cette dose de folie proche du masochisme ; quand l’euphorie fait place à la douleur.
Après avoir tout donné, être allé au bout de ce que le corps pouvait cracher, on flotte sur un nuage poussé par le souffle de l’endomorphine. Puissent celles et ceux qui ne comprennent pas y goûter un jour.

Le corps est un muscle qui meurt dans le repos…et vit dans l’exercice.
Nico, survivant des Narcos

2 commentaires:

Philippe MULLER a dit…

J'adore le délire du KM100 !
Félicitations
Philou

Unknown a dit…

Le compte rendu de Jeff sera bientot sur le blog....